19.01.2012
Downton Abbey, la série distinguée
Si ce sont les Américains qui ont contribué à la prolifération et à la visibilité des séries sur la scène internationale, c'est un Anglais, avec un flegme tout britannique, qui a apporté au monde des séries ses lettres de noblesse. En effet l'acteur, scénariste, producteur et réalisateur Julian Fellowes, obtient un franc succès depuis la création de Downton Abbey.
Cette série d'époque (ou period drama), qui suit les intrigues domestiques et amoureuses d'une famille anglaise d'aristocrates et de leurs serviteurs, vivant tous à Downton Abbey au début des années 1910, n'est pas sans rappeler la série Upstairs, Downstairs (en français Maîtres et valets), et le film Gosford Park, écrit par le même réalisateur, Julian Fellowes. Mais son incroyable succès auprès des spectateurs de 2012 montre que celle-ci a quelque chose de plus, un "je ne sais quoi" comme diraient les Britanniques.
Elle a tout d'abord une élégance tout à fait cinématographique, dont le générique témoigne d'entrée de jeu. Downton Abbey se regarde comme un film d'époque, avec une construction classique et une photographie soignée, ce qui n'est pas novateur mais de plus en plus rare dans le domaine des séries télévisées. Son deuxième atout repose sur les acteurs: certains sont connus comme Maggie Smith (l'interprète du professeur McGonagall dans la saga Harry Potter) parfaite en belle-mère snob, d'autres le sont moins voire pas du tout, mais tous se révèlent excellents dans leur rôle. La galerie de personnages est aussi diversifiée que réussie: un valet et une femme de chambre comploteurs et pervers (Rob James-Collier et Siobhan Finneran), une cuisinière franche et rude (Lesley Nicol), une jeune aristocrate séductrice (Michelle Dockery), un valet mystérieux et vertueux (Brendan Coyle), une aide cuisinière naive au fort accent cockney (Sophie McShera)... La finesse british des dialogues, relevée d'une pointe d'humour anglais, achève de séduire le spectateur, sans compter les délicieux accents, aussi authentiques que les décors et les costumes.
Mais surtout, Downton Abbey est une série intelligente qui dépasse le simple "mélodrame". Elle s'intéresse aux rapports entre l'être et le paraître, à ce qui se cache derrière l'étiquette et le décorum. Ainsi, derrière l'idéal traditionnel et aristocratique d'une vie parfaitement hiérarchisée et maîtrisée, on découvre des rivalités, des passions, des complots, des scandales, du sexe (la question de l'homosexualité à l'époque edwardienne est abordée), tandis que la hiérarchie semble parfois avoir été inversée: ainsi le valet de Lord Grantham, John Bates, par sa stature et son code de l'honneur, pourrait fort bien passer pour le maître de maison. De même, Anna Smith (Joanne Frogatt), la première servante, peut sembler plus distinguée que Lady Edith Crawley, la seconde soeur de la famille (Laura Carmichael). Le pétale de fleur qui se détache du bouquet dans le générique semble symboliser ces "imperfections", mais aussi le caractère éphémère du luxe, de la beauté, des traditions...
En effet la série s'intéresse à l'irruption de plus en plus rapide de la modernité dans ce monde si longtemps figé, menaçant l'ordre traditionnel. Cette modernité est d'abord apportée par Matthew Crawley (Dan Stevens) et sa mère (Penelope Wilton): Matthew est le seul héritier de Lord Grantham mais il fait partie de la bourgeoisie et non de l'aristocratie. Mais la modernité s'immisce aussi d'elle-même à Downton. La vieille Comtesse de Grantham représente l'aristocratie s'accrochant le plus longtemps possible aux traditions: c'est elle par exemple qui porte le deuil le plus longtemps après la perte des héritiers dans le naufrage du Titanic, comme l'attestent ses tenues noires, puis violettes, tandis que les autres membres de la famille apparaissent très vite vêtus de couleurs claires. Elle s'insurge devant l'emploi de nouveaux mots comme "job" ou "week-end", et son existence se trouve bouleversée par de petites nouveautés du quotidien, comme la chaise pivotante, l'électricité et le téléphone, ce qui donne lieu à des scènes piquantes. Le féminisme est enfin un élément extrêmement important qui vient bouleverser l'ordre établi: Lady Sybil, la plus jeune soeur interprétée par la belle Jessica Brown-Findlay, commande des tenues osées pour l'époque, aide une servante à devenir secrétaire, assiste à des meetings politiques et devient infirmière lors de la Première Guerre Mondiale, la guerre étant un tournant majeur qui intervient à la fin de la première saison, et donne un intérêt supplémentaire à cette fiction historique. On attend la suite, à déguster avec une tasse de thé!
par Joséphine B.
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16:39 Publié dans Télévision | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Tags : downton abbey, julian fellowes, upstairs downstairs, gosford park, maggie smith, harry potter, série d'époque, period drama, séries, séries télé, séries télévisées, série britannique, rob james-collier, siobhan finneran, lesley nicol, michelle dockery, brendan coyle, sophie mcshera, joanne frogatt, laura carmichael, dan stevens, penelope wilton, jessica brown-findlay, première guerre mondiale, aristocratie |
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