06.11.2011
Les "séries télé": un genre qui se défend
Qui n'a pas déjà été happé par une série? Et qui n'a pas un jour hésité à avouer son engouement pour certaines de ces fictions télévisuelles, qui demeurent un plaisir honteux? On en vient parfois à dire qu'on regarde une série "pour rire", pour s'en moquer, ou pour combler l'ennui, alors qu'en vérité c'est avec le plus grand sérieux que l'on brûle de voir le prochain épisode.
Et pourtant, les séries ont un aspect merveilleux, celui de rendre possible le rêve du roman ou du film qui ne se termine jamais (ou presque). C'est l'occasion, parce qu'on a le temps, la série étant divisée en épisodes et en saisons qui durent parfois des années comme Friends qui a duré onze ans et Desperate Housewives qui entame sa huitième année d'existence, de fouiller un univers, d'approfondir de petites histoires, de donner une réelle épaisseur à des personnages qu'on prend le temps de connaitre.
Mais pourquoi ce genre de plus en plus populaire, est-il aimé tout bas et méprisé tout haut? Parce que les séries sont faciles d'accès, diffusées au plus grand nombre? Parce que leur support, la télévision, est associé à la culture populaire et publicitaire et non à l'art? Parce qu'elles seraient destinées à des fins commerciales, à fidéliser les spectateurs en créant une addiction? Quand on y réfléchit, aucun de ces arguments ne tient vraiment la route. En France surtout, les séries sont dénigrées parce qu'associées à l"entertainment" américain. Mais les elles subissent en vérité le même sort que le roman autrefois, qui est resté pendant longtemps relativement méprisé par la critique et considéré comme un genre futile, jusqu'à son explosion au XIXème siècle avec les progrès de la technique et de la communication. De même, la photographie et le cinéma ont mis du temps à être considérés avec sérieux et sur le même plan que la littérature ou la peinture; la bande-dessinée également ne sort que récemment d'une ère de mépris et de marginalisation.
Le fait est que les séries, profondément liées à un public, à une actualité, et aux acteurs eux-mêmes, révolutionnent aussi la façon de produire de la fiction. D'une part les discussions de fans sur internet donnent parfois des idées aux scénaristes qui vont modifier un aspect de l'histoire, en faisant revivre un personnage regretté, ou en donnant plus d'importance à un personnage secondaire dont la popularité explose. L'histoire a le temps de se créer au fil des années: les scénaristes de Dexter, une excellente série américaine créée d'après le roman de Jeff Lindsay ayant pour héros un tueur en série, réfléchissent ensemble et au jour le jour au destin de leur personnage et à ce qui correspondrait ou non à sa psychologie. De même, la vie des acteurs influence l'histoire: ainsi la grossesse de Lisa Kudrow, qui interprétait Phoebe dans Friends, a été intégrée dans l'intrigue; et si au contraire la grossesse doit être cachée pour les besoins de l'histoire, elle peut influencer la façon de filmer, comme c'est le cas dans How I Met your Mother, où la façon d'habiller et de filmer Cobie Smulders, qui joue Robin Scherbatsky, journaliste formellement opposée à l'idée d'avoir un jour un enfant, a changé lorsque l'actrice était enceinte.
En ce qui concerne l'actualité, les épisodes des séries américaines intègrent toujours, de façon plus ou moins discrète, la fête durant laquelle l'épisode doit être diffusé, que ce soit Thanksgiving, Noël ou Halloween, ce qui ancre véritablement la fiction dans le quotidien du spectateur, si celui-ci suit la série à sa diffusion; et la série Gossip Girl est un bon exemple de série qui intègre l'actualité à ses histoires: les personnages parlent des phénomènes du moment, qu'il s'agisse de la crise financière, de la saga Twilight, de la parution d'un livre Taschen ou du buzz autour de Kate et Pippa Middleton, intégré, sous forme de référence tacite, à l'intrigue amoureuse entre Blair Waldorf et un prince monégasque, perturbée par une soeur sulfureuse. Il en est de même pour la bande-son, qui utilise l'actualité musicale parfois si rapidement que c'est dans la série que l'on découvre les nouveaux succès. Enfin les attentats du 11 septembre sont sans doute l'exemple plus frappant concernant la réactivité des séries et leur ancrage dans l'actualité: les séries Soprano et Sex and the City ont retiré les Twin Towers de leur générique, et le drame continue d'être mentionné dans de nombreuses fictions télévisuelles.

Après tout, certaines séries ne sont pas si étrangères dans l'idée à la fresque des Rougon Macquart d'Emile Zola ou au roman feuilleton Les Mystères de Paris d'Eugène Sue! Certes il existe de très mauvaises séries, mais le bon et le mauvais s'opposent dans tous les genres. Les séries mériteraient donc d'être étudiées comme n'importe quel autre genre fictionnel, et qu'on adopte avec elles une approche plus décomplexée. Mais c'est sans doute ce qui les attend car les faits sont là: elles affichent aujourd'hui un succès et une diversité toujours croissants.
par Joséphine B.
20:48 Publié dans Télévision | Commentaires (0) | Tags : séries, séries télé, friends, desperate housewives, culture populaire, entertainment, fans, dexter, jeff lindsay, lisa kudrow, cobie smulders, robin, how i met your mother, grossesse, middleton, gossip girl, soprano, sex and the city, 11 septembre, hard, mad men, cougar town, skins, émile zola |
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