11.05.2012
Modern Family: moderne ou rétro?
La série Modern Family, créée en 2009 par Christopher Lloyd et Steven Levitan, nous montre avec humour la vie d'une famille américaine: Claire (Julie Bowen) et Phil Dunphy (Ty Burrel) ont trois enfants, tandis que le père de Claire, Jay Pritchett (Ed O'Neill), s'est remarié avec Gloria (Sofia Vergara), une femme bien plus jeune que lui qui a déjà un fils. Quant au frère de Claire, Mitchell (Jesse Tyler Ferguson), il a adopté une petite fille vietnamienne avec son compagnon homosexuel, Cam (Eric Stonestreet). Une famille recomposée pour ce qui est de Jay, Gloria et son fils Manny, l'écart d'âge entre Jay et Gloria et une famille homoparentale: jusqu'ici, la série semble bien porter son nom en montrant les différentes formes que peut prendre la famille de nos jours. En effet, les mentalités à l'égard du mariage et de l'adoption pour les couples gay évolue, tandis que les hommes font de plus en plus souvent une crise de la cinquantaine voire de la soixantaine en se remariant avec des femmes bien plus jeunes qu'eux.
Cependant, regardons-y d'un peu plus près. Tous nos personnages vivent en banlieue pavillonnaire et ont un mode de vie assez classique. Gloria et Claire sont femmes au foyer, s'occupant de la cuisine et des enfants (et, dans le cas de Gloria, de manucure et de shopping, grâce aux revenus conséquents de son époux), tandis que leurs maris sont seuls à subvenir aux besoins de la famille, Claire correspondant à ce qu'on appelle aux Etats-Unis une "soccer mom". Les femmes de la série ont en général du mal avec les véhicules, le bricolage ou la technologie et c'est aux maris de les aider. La famille recomposée de Jay n'est pas non plus si moderne, si l'on songe au fait que les familles recomposées étaient déjà très fréquentes sous l'Ancien Régime, essentiellement pour des raisons économiques et à cause de l'espérance de vie de l'époque qui rendait fréquents les veuvages.
Quant au couple gay formé par Cam et Mitchell, il apparaît calqué sur les couples hétéro. Cam, à son corps défendant, est vu par son compagnon et par les autres parents comme la "femme" du couple, la figure maternelle, ce qui est une vision bien stéréotypée du couple homosexuel. Certes, la série en joue, puisque Cam est révolté d'apprendre qu'il est vu comme une figure féminine. Mais là encore, Mitchell est seul à travailler, Cam étant "homme au foyer". De plus, de nombreuses critiques ont fait remarquer que jamais Cam et Mitchell ne s'étaient embrassés, même furtivement, à l'écran, contrairement aux autres couples de la série. Ce à quoi les producteurs ont répondu que cela était dû au caractère de Mitchell, qui n'aime pas montrer son affection en public; une excuse bien pratique. Etrange pour une série qui se revendique le miroir de la famille moderne.
Mais en vérité, la modernité de Modern Family se trouve ailleurs. D'abord, elle se trouve dans la forme: la série se présente comme un faux documentaire (ou "mockumentary" en anglais). Les personnages, censés faire l'objet d'un documentaire, se confessent donc de temps à autre face à la caméra, seuls ou en couple. Cette forme datant des années 80 est très en phase avec la télévision d'aujourd'hui, qui décline à l'infini le principe de télé-réalité. On pense notamment à des émissions contemporaines françaises telles que Confessions intimes ou Tellement vrai. L'impression d'une expérience scientifique sur la famille est assez moderne, à une époque où les parents se documentent de plus en plus sur la façon d'assumer leur rôle et où les familles font des thérapies de couple ou de groupe.
De plus, la série fait une grande place aux nouvelles technologies, qui permettent le développement de nombreuses intrigues: un mail compromettant envoyé par erreur, un mari qui retrouve une ex sur Facebook, une fille "textotant" en permanence, une "flash mob" organisé sur les réseaux sociaux, un mari fan de gadgets qui demande le nouvel Ipad pour son anniversaire...
Et si les femmes ne travaillent pas, cela ne veut pas dire qu'elles n'ont pas leur caractère. Chez les Dunphy, c'est Claire qui porte la culotte, car Phil n'est pas très futé et tente tant bien que mal de se construire une image d'homme viril. Il est même surpris en train de se faire faire une manucure dans un salon de beauté pendant que sa femme, prise de court par une urgence, attend désespérément qu'il rentre s'occuper des enfants. Gloria est elle aussi une femme de caractère, une Colombienne passionnée souvent exaspérée par le comportement puéril de son époux.
Autre originalité: son fils Manny (Rico Rodriguez), qui malgré ses 13 ans, est exceptionnellement mature et agit comme un homme en portant des costumes à l'école, en buvant du café et en cherchant à séduire les filles avec romantisme. Il représente bien ces enfants de couples divorcés qui comblent l'absence d'un parent, ici son père biologique qu'il idéalise, en agissant comme des adultes.

Enfin, on peut voir une modernité paradoxale dans le jeu sur les clichés concernant l'homosexualité. Le journaliste gay Frank Bruni, dans le New York Times, a déclaré que le fait que le public homosexuel rie des manières stéréotypées de Cam (sa voix aigue, sa main coquette, sa susceptibilité, son goût pour les paillettes) au lieu de s'en offusquer montre qu'on peut parler plus librement d'un sujet de plus en plus accepté, car le public sait que ce sont des clichés qui sont montrés avec l'intention de faire rire sur ces mêmes clichés et non sur l'homosexualité et les homosexuels.
Malgré cette modernité ambigue, Modern Family est une série très sympathique avec des acteurs savoureux et des répliques qui font mouche: un bon moment à passer!
par Joséphine B.
15:50 Publié dans Télévision | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Tags : séries, séries télé, séries télévisées, modern family, christopher lloyd, steven levitan, julie bowen, ty burrel, ed o'neill, sofia vergara, jesse tyler ferguson, eric stonestreet, famille, famille recomposée, famille homoparentale, homosexualité, homoparentalité, femme au foyer, soccer mom, faux documentaire, télé-réalité, confessions intimes, tellement vrai, facebook, frank bruni, new york times |
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26.04.2012
Shakespeare au cinéma
William Shakespeare, l'un des plus grands dramaturges et écrivains anglais, continue d'influencer les artistes depuis sa mort à l'aube du XVIIème siècle. Et le cinéma ne fait pas exception, offrant de nombreuses façons de lui rendre hommage. En voici quelques unes:
Romancer: Shakespeare in love
Shakespeare in love réalisé en 1998 par John Madden, avec Gwyneth Paltrow, Joseph Fiennes, Colin Firth, Judi Dench et Ben Affleck, raconte la vie de Shakespeare au moment où il écrivait Roméo et Juliette. Le film montre à quel point l'auteur, grâce à son oeuvre et au mystère qui entoure sa vie privée, continue d'alimenter un mythe. Le film est en grande partie une fiction, à laquelle se mêle la fiction des pièces de Shakespeare lui-même (la scène du balcon de Roméo et Juliette, le travestissement de Viola dans La nuit des rois...). Dans le film, ce sont les événements de la vie privée de Shakespeare qui sont censés avoir inspiré ces célèbres pièces; c'est en fin de compte un bel hommage au dramaturge.
Adapter fidèlement: Roméo et Juliette de Zeffirelli
Ce film de Zeffirelli (1968) est une des nombreuses adaptations de Roméo et Juliette. Il a remporté deux Oscars (meilleure photographie et meilleurs costumes), car il se distingue en effet par son souci d'authenticité et d'adaptation fidèle.
Adapter avec modernité: Romeo + Juliette et She's the man
Ces adaptations soulignent l'intemporalité de Shakespeare, sa capacité à traverser les siècles et à parler aux générations d'aujourd'hui. Romeo + Juliette de Baz Luhrmann, sorti en 1996, transporte l'action de la célèbre pièce dans un quartier chaud des Etats-Unis. Vérone se change en Verona Beach, un quartier de Los Angeless, et les deux familles ennemies en gangs maffieux. Leonardo di Caprio (Roméo) et Claire Danes (Juliette) s'embrassant dans la piscine des Capulet deviendra immédiatement une scène culte. De très belles images de la fête costumée où ils se rencontrent permettent de garder une touche "rétro", Roméo étant déguisé en chevalier et Juliette en ange. Le changement d'époque et de lieu n'enlève rien à la pièce, bien au contraire: le pari est très réussi.
She's the man d'Andy Fickmann: difficile de faire une adaptation plus moderne (et quand même bien éloignée de la pièce originale) de La nuit des rois. A la fois comédie romantique et film de lycée datant de 2006, She's the man raconte l'histoire de Viola qui se travestit en garçon, Sebastian, pour avoir une chance d'intégrer une équipe de football masculine. Sous son déguisement, elle joue pour Illyria, le lycée rival de Cornwall. Le film reprend les noms de lieux, de personnages, et le travestissement, mais va loin dans la transformation. L'esprit, le verbe et l'esthétique de Shakespeare ne sont plus vraiment au rendez-vous, mais l'adaptation est néanmoins amusante et à nouveau garante de l'intemporalité de l'oeuvre d'origine.
S'inspirer: West Side Story et Titanic
La célèbre comédie musicale de Leonard Bernstein, West side story (1957), est inspirée de l'histoire de Roméo et Juliette. Vérone devient New York au milieu des années 50, et les deux familles rivales (Montaigu et Capulet) des gangs rivaux d'origines ethniques et culturelle différentes (les Jets et les Sharks). De nouveaux thèmes modernes sont donc introduits: le racisme et l'immigration. Les émigrés de Puerto Rico affrontent les jeunes de la classe ouvrière blanche. West side story apporte un style personnel (décors, musique, danse, noirceur, thèmes modernes et sociaux) qui en fait une oeuvre révolutionnaire dans l'histoire des comédies musicales. Son adaptation cinématographique en 1961 par Robert Wise est un succès fulgurant: 10 oscars sur 11 nominations. Natalie Wood y joue Maria, Richard Beymer incarne Tony, et l'actrice portoricaine Rita Moreno explose dans le rôle d'Anita.
Titanic, le célèbre film catastrophe américain produit et réalisé par James Cameron en 1997, avec Leonardo di Caprio et Kate Winslet, et récemment ressorti au cinéma en 3D, doit sans doute en partie son succès et son intemporalité à son histoire d'amour tragique inspirée de Roméo et Juliette. Jack (Roméo) est en bas de l'échelle sociale alors que Rose (Juliette) est une passagère de première classe. Leur amour est impossible et combattu par la famille et l'entourage de Rose, mais ils consomment néanmoins leur union en secret, comme dans la pièce de Shakespeare. Leur histoire se termine par la mort tragique de Jack dans l'eau glacée: on y retrouve le thème de la fatalité et de l'ironie du sort présent dans la pièce (Roméo se suicide en croyant que Juliette est morte, juste avant que celle-ci ne se réveille à ses côtés), puisque Jack meurt quelques instants avant que les sauveteurs n'arrivent. La planche sur laquelle se trouve Rose, filmée d'en haut, rappelle quant à elle la stèle du caveau des Capulet. Shakespeare affectionnait les objets symboliques, comme le flacon ou la dague, et on retrouve cet objet avec le précieux collier dans Titanic. Enfin la glace contribue à figer le couple dans le temps et les mémoires.
Citer: Clueless
Dans Clueless, film de lycée américain d'Amy Heckerling (1995), et inspiré d'un roman de Jane Austen, Hamlet de Shakespeare est cité dans une conversation entre deux jeunes filles, l'une intellectuelle et prétentieuse (Heather), l'autre ayant eu accès à Shakespeare à travers le cinéma (le film de Zeffirelli avec Mel Gibson et Glenn Close). Et c'est cette dernière, Cher, qui se souvient le mieux de la pièce, ce qui permet une revalorisation amusante des connaissances véhiculées par la culture populaire: "It's just like Hamlet said: to thine own self be true", ce à quoi Cher répond qu'Hamlet n'a pas dit cela. "I think I remember Hamlet accurately", répond Heather d'un air moqueur. Et à Cher de répliquer: "I think I remember Mel Gibson accurately, and he didn't say that, that Polonius guy did".
Citer et parodier: To be or not to be, OSS 117
Dans To be or not to be (Jeux dangereux), l'inoubliable comédie d'Ernst Lubitsch datant de 1942, les citations de Shakespeare constituent une trame importante de l'action. L'histoire se passe durant la Seconde Guerre mondiale en Pologne, et met en scène une troupe de comédiens, dont un couple. Le mari jaloux interprète Hamlet, et à chaque fois qu'il prononce (mal) le début de cette célèbre tirade ("To be or not to be: that is the question: Wether it is nobler in the mind to suffer The slings and arrows of outrageous fortune..."), l'amant de sa femme a pour consigne de quitter le public pour la rejoindre en coulisses. Plus tard dans le film, un acteur juif (Greenberg) s'adresse passionnément à Hitler en récitant la célèbre plaidoierie de Shylock dans Le marchand de Venise en faveur de la tolérance: "Hath not a Jew eyes? Hath not a Jew hands, organs, dimensions, senses, affections, passions; fed with the same food, hurt with the same weapons, subject to the same diseases (...) If you prick us, do we not bleed? If you tickle us, do we not laugh? If you poison us, do we not die? And if you wrong us, shall we not revenge? " La tirade trouve ici une place particulièrement poignante.
A la fin de OSS 117 Rio ne répond plus de Michel Hazanavicius, cette tirade est reprise, mais cette fois de façon totalement provocatrice car elle est prononcée par un Nazi demandant compassion et pitié. Hazanavicius fait donc ici une double référence: à Shakespeare d'une part, à Lubitsch de l'autre. La théâtralité est soulignée car l'esplanade où se trouve Von Zimmel, au pied de la statue du Christ Rédempteur à Rio, est filmée et éclairée comme une scène, Jean Dujardin et sa compagne étant comme des spectateurs.
Faire un clin d'oeil:
Dans l'excellent Kiss Kiss Bang Bang de Shane Black (2005), Harry déclare "I bet if you look in their childhood, there's something rotten in Denver", et à Harmony de rectifier: "Denmark". Une citation d'Hamlet ("Something is rotten in the state of Denmark").
La série Downton Abbey de Julian Fellowes s'amuse elle aussi à citer Shakespeare, avec Lady Violet déclarant "He's hardly the consummation devoutly to be wished", ce qui est une citation d'Hamlet.
Dans L'Etrange Noel de Mr Jack de Tim Burton également, Jack Skellington chante tout en retirant sa tête (un crâne donc) et la portant à bout de bras: "And since I'm dead, I can take off my head, to recite Shakespearean quotations", faisant référence au fameux crâne d'Hamlet.
A vous d'en trouver d'autres!
par Joséphine B.
17:40 Publié dans Cinéma, Théâtre | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Tags : shakespeare, hamlet, le marchand de venise, roméo et juliette, la nuit des rois, shakespeare in love, john madden, gwyneth paltrow, joseph fiennes, judi dench, ben affleck, colin firth, zeffirelli, romeo + juliette, baz luhrmann, leonardo di caprio, claire danes, she's the man, andy fickmann, west side story, leonard bernstein, robert wise, natalie wood, richard beymer, rita moreno, titanic, james cameron, kate winslet, clueless, amy hackerling, jane austen, mel gibson, glenn close, to be or not to be, lubitsch, oss 117 rio ne répond plus, hazanavicius, kiss kiss bang bang, shane black, downton abbey, julian fellowes, l'etrange noel de mr jack, tim burton |
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13.04.2012
Pas de résurrection pour Marilyn
Avec My week with Marilyn, Simon Curtis a entrepris de faire revivre une icône, Marilyn Monroe. Un projet ambitieux, et donc aussi séduisant que dangereux, d'autant plus que Curtis réalise ici son premier film au cinéma.
My week with Marilyn n'est pas à proprement parler un biopic (genre actuellement très en vogue, pour ne citer que La dame de fer et J.Edgar), car il se focalise sur une semaine de la vie de la star, lors du tournage aux côtés de Sir Laurence Olivier du Prince et la danseuse, un de ses films les moins connus aujourd'hui du grand public, qui a surtout retenu Certains l'aiment chaud, Les hommes préfèrent les blondes ou encore Les Désaxés. Le spectateur ne doit donc pas s'attendre au récit de ses débuts au cinéma, à une intrusion dans sa liaison amoureuse avec Kennedy, ou encore à la mise en images du mystère de sa mort. Le lieu aussi est inattendu: pas de Hollywood ici, mais la campagne anglaise. Le point-de-vue choisi est celui d'un jeune homme, un "troisième assistant de direction" sur le tournage (Colin Clark, joué par Eddie Redmayne, crédible dans son rôle) qui tombe sous le charme de la star.
Le film amorce une réflexion sur le métier d'acteur et le dédoublement de personnalité, ainsi que sur le poids de la célébrité et sur le côté démesuré, trop lourd pour la frêle jeune femme, du "monstre" qu'est devenu son personnage public. Mais rien de bien original. La reconstitution des décors et des costumes, ainsi que des scènes du Prince et la danseuse, est très réussie. Mais à quoi bon recopier? Le film présente des acteurs de talent, comme Kenneth Branagh, Dougray Scott, l'incontournable Judi Dench et la jeune Emma Watson, mais pas assez mis en valeur.
Sur la vie de Marilyn, le film ne nous apprend rien, ne nous surprend pas, et joue trop sur les clichés: retards, caprices, nudité, fragilité, frivolité, encore nudité... Même dans les scènes censées être intimes, rien ne captive, rien ne crève l'écran. Curtis ne rend pas vraiment justice à Marilyn, montrée comme une débutante balbutiante dans la première partie, alors que Le Prince et la danseuse est son 29ème film, et comme réussissant à captiver sans effort et sans comprendre ce qui lui arrive, ce qui paraît bien réducteur.
Seul point intéressant: l'ordre des scènes du Prince et la danseuse est choisi soigneusement afin qu'elles fassent écho à l'itinéraire personnel de l'actrice. Par exemple, la scène où le personnage joué par Marilyn arrive dans le palais du prince en pensant etre invitée à une fête élégante, et qu'elle découvre que le prince veut simplement coucher avec elle sans cérémonie, correspond au premier jour de tournage et fait écho à la candeur exploitée de Marilyn et aux déceptions qu'ont du lui apporter les attentes de son public et des réalisateurs soucieux de vendre avant tout son image et son corps.
Michelle Williams a travaillé d'arrache-pied pour imiter Marilyn, et ça se voit, mais elle ne parvient pas à faire illusion. Hormis quelques rares moments réussis, le résultat reste plat et fade, sans parler des scènes de chant qui ne ressemblent en rien à ce que l'on connaît de Marilyn. Peut-être était-ce une erreur de vouloir s'attaquer à une star aussi inimitable, autant physiquement que dans sa façon d'être? Ou peut-être Scarlett Johansson, pourtant envisagée pour le rôle, aurait-elle apporté plus de piquant et de profondeur à l'interprétation?
Faute d'un scénario audacieux et captivant, le film se réduit à l'imitation des mimiques de la star et de quelques scènes et décors du Prince et la danseuse. Or Michelle Williams, malgré ses efforts et son talent, ne parvient pas à ressusciter Marilyn. Pire, les différences entre l'actrice et son modèle deviennent une obsession pour le spectateur qui ne parvient pas à entrer dans le film. Mieux vaut donc voir ou revoir Le prince et la danseuse (The prince and the showgirl), certes kitsch mais dans lequel Marilyn est douée et touchante, ou encore et surtout (faut-il le citer?) le cultissime Some like it hot (Certains l'aiment chaud), l'une des meilleures comédies de l'histoire du cinéma.
par Joséphine B.
23:53 Publié dans Actualité, Cinéma | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Tags : my week with marilyn, marilyn monroe, simon curtis, michelle williams, sir laurence olivier, le prince et la danseuse, certains l'aiment chaud, les hommes préfèrent les blondes, les désaxés, kennedy, eddie redmayne, kenneth branagh, judi dench, emma watson, scarlett johansson |
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10.04.2012
X Files ou le clair-obscur
The X-Files (Aux frontières du réel), la mythique série américano-canadienne de science-fiction créée par Chris Carter et diffusée de 1993 à 2002, en a passionné plus d'un. Cette mystérieuse série créa un engouement massif pour les phénomènes paranormaux: nombre de personnes écrivirent au FBI afin de savoir comment entrer aux affaires paranormales. Avec entres autres 5 Golden Globes et 16 Emmy Awards, X-Files figure parmi les séries les plus récompensées au monde.
Ce succès s'explique par cet entretien du mystère et une lutte quasi-philosophique entre la raison et l'intuition, le normal et le paranormal, l'ombre et la lumière. Les X-Files sont des affaires non résolues par le FBI impliquant des phénomènes paranormaux. L'agent Mulder (David Duchovny), qui représente l'intuition et l'irrationalisme, croit en l'existence de phénomènes qui nous dépassent, tandis que Scully (Gillian Anderson) a l'esprit scientifique, rationnel et sceptique. Cela crée une oscillation et un conflit jamais résolu entre possible et impossible, réel et surnaturel. Le spectateur, bercé par la musique hypnotique et l'univers sombre de la série, est à la fois frustré (parfois même agacé) de ne jamais avoir de réponses claires, et fasciné par ce doute perpétuel. Un rapport d'attraction-répulsion contribuant au mythe.
La question de la recherche de la vérité est au coeur de la série: le générique se termine par la phrase "The truth is out there", qui maintient à la fois l'espoir et le mystère, en indiquant que la vérité se trouve quelque part, sans préciser où. On pense alors à Platon et à son allégorie de la caverne: les hommes sont comme enchaînés dans une caverne et prennent pour le réel les ombres projetées sur les parois, alors que la vérité se trouve ailleurs, à l'extérieur de la caverne, là où brille le soleil. C'est par un effort philosophique que l'on peut se hisser hors du piège des apparences et atteindre la vérité.
En effet, on observe que cette thématique de l'ombre et de la lumière est constante dans X-Files, qui se présente comme la série du clair-obscur. Le clair-obscur, c'est le mélange et l'opposition des lumières et des ombres, créant un effet de contraste, de tension et de mystère. Chez le peintre Caravage, l'obscurité représente le monde terrestre, et la lumière l'intervention divine. En littérature, le clair-obscur se traduit par l'oxymore, une figure de style associant deux termes opposés et créant un paradoxe. On pense par exemple à la célèbre "obscure clarté" de Corneille dans Le Cid.
Or on observe que dans X-Files, la lumière est soigneusement étudiée pour créer un effet de clair-obscur, le visage des personnages étant presque systématiquement séparé entre une partie éclairée et une partie sombre, ou bien les personnages se détachant comme des silhouettes sombres sur un fond clair, ou claires sur un fond sombre. Les bruns et les beiges dominent, en lieu et place d'une stricte opposition noir/blanc. Ce thème de la lumière luttant contre l'ombre est d'ailleurs présent dès le générique: le "X" de X-Files est pris entre deux bandes sombres, tandis que l'on retrouve le faisceau lumineux de la lampe torche, objet récurrent dans la série. Le "X", c'est la division, l'inconnu, mais aussi le point de rencontre, et une lettre que l'on peut retourner dans tous les sens, bref, le symbole du mystère et de l'hypnotisme. Dans le générique s'ajoutent d'autres éléments hautement symboliques: l'oeil et l'illusion, avec l'image déformée et délavée, entre fantôme et reflet.
Le travail de la lumière et de la photographie dans X-Files est donc remarquable et entièrement en accord avec l'esprit de la série: une fois de plus, on s'aperçoit qu'une série télévisée peut se révéler extrêmement travaillée, à la fois intellectuellement et esthétiquement.
par Joséphine B.
15:17 Publié dans Télévision | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Tags : x-files, séries, séries télé, séries télévisées, chris carter, david duchovny, gillian anderson, fbi, paranormal, clair-obscur, platon, caravage, corneille |
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09.04.2012
Un Marsupilami... pour les petits
Inutile de présenter Alain Chabat: à la fois drôle, décalé et terriblement attendrissant, il nous a fait mourir de rire en tant qu'humoriste avec les Nuls, en tant qu'acteur dans la Cité de la peur (1994) et dans Prête-moi ta main (2006), mais aussi en tant que réalisateur-acteur avec son excellent Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre sorti en 2002. Il avait alors prouvé qu'il savait adapter la BD au grand écran avec ingéniosité et brio, s'élevant bien au-dessus de tous ceux qui avaient tenté, et tentent encore aujourd'hui, d'adapter Astérix au cinéma.
En s'attaquant au Marsupilami de Franquin, le fameux "mammifère-ovipare jaune tacheté de noir avec une queue de 8 m de long", Chabat a-t-il fait honneur à cette réputation? Oui et non. Avec son casting haut en couleurs (Alain Chabat, Jamel Debbouze, Lambert Wilson, Aissa Maiga, Géraldine Nakache, Patrick Timsit...), ses décors bigarrés et ses effets spéciaux, Sur la piste du Marsupilami rend hommage à l'univers cartoonesque de Franquin. Certes, on n'y retrouve ni Spirou ni Fantasio, mais des références (entre autres) au Dictateur et le champignon de Franquin, à Capucine, la tortue de Boule et Bill, à Gil Jourdan (L'enfer du Xique-Xique, se déroulant en Amérique du Sud), ou encore à Tintin et le Temple du Soleil, avec le gag du lama. Quant à l'animal, Chabat lui donne bien vie: l'adorable (et kitsch) petite bête trouve là suffisamment d'espace pour faire tourbillonner sa queue légendaire et attendrir le public.
Mais, si l'on retrouve dans le film des traces de l'humour décalé et réussi de Mission Cléopâtre (la fausse publicité, le slow motion, les anachronismes volontaires, et de nombreuses références à cette adaptation d'Astérix), Sur la piste du Marsupilami n'est pas aussi bon. Ce qui nous fait tant aimer Alain Chabat (qui incarne ici un journaliste loser pistonné par son père), on le retrouve çà et là, sous forme de (trop) brèves étincelles. Les gags sont nombreux mais inégaux, manquent de finesse et reposent trop souvent sur le comique de gestes. Le film présente un côté ringard et inélégant aggravé par un Jamel Debbouze fatigant: on rit, mais l'humour vole souvent bien bas, malgré l'originalité dont Chabat est capable. Le film s'adresse donc moins aux 7 à 77 ans qu'aux 6 à 13 ans, et c'est dommage.
Malgré tout, une scène risque de devenir culte et mérite à elle seule le déplacement: Lambert Wilson en dictateur palombien travesti en Céline Dion, dans un grand numéro musical et délirant.
par Joséphine B.
23:53 Publié dans Actualité, Bande-dessinée, Cinéma | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Tags : marsupilami, franquin, sur la piste du marsupilami, alain chabat, la cité de la peur, prête-moi ta main, astérix et obélix mission cléopâtre, jamel debbouze, lambert wilson, aissa maiga, géraldine nakache, patrick timsit, le dictateur et le champignon, tintin et le temple du soleil, céline dion |
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05.04.2012
2 days in New York: folie et bonne humeur
Avec 2 days in New York, la réalisatrice et actrice Julie Delpy nous livre une sorte de suite, utilisant les mêmes ingrédients mais encore plus drôle et déjantée, de 2 days in Paris. Sauf que Marion (Julie Delpy) vit désormais à New York avec Mingus, un journaliste de radio interprété par Chris Rock, et leurs deux enfants respectifs qu'ils ont eu de relations antérieures. La famille de Marion (son père, sa soeur et son petit-ami non prévu au programme et qui se révèle être un ex) débarque à New York pour le vernissage de son exposition.
Comme dans 2 days in Paris, la réalisatrice joue sur les différences culturelles entre Français et Américains. Il faut donc être capable d'autodérision et savoir rire des clichés, dont la grossièreté ne fait que rendre le film encore plus drôle. Ainsi il ne faut pas avoir peur de voir les Français dépeints comme des pervers sexuels impolis, antiaméricains, à l'hygiène douteuse et amateurs de fromages qui puent. C'est avec délectation que l'on assiste à la détresse de Mingus, face à une nymphomane gaffeuse et son petit ami rustre, plein de préjugés, drogué et immature, et enfin un trafiquant de fromages et de saucissons, vandale à ses heures. On regrette simplement que les clichés soient quasiment unilatéraux, les Américains, représentés par le gentil Mingus, étant injustement épargnés par cette vague comique.
Chris Rock, qui incarne brillamment Mingus, apparaît, presque à égalité avec Albert Delpy (Jeannot, le père de Marion), comme la véritable star du film. Il semble tout droit sorti d'une comédie de Woody Allen, tout comme l'omniprésence de la folie et de la névrose portées à ébullition dans ce studio typiquement new-yorkais aux incontournables murs en briques apparentes. Chacun a droit à sa part de folie: la soeur de Marion et ses problèmes oedipiens, Marion et ses délires hormonaux, Jeannot et ses remarques malsaines et son comportement loufoque... Même Mingus est atteint par cette folie environnante, et se confie à une silhouette en carton grandeur nature de Barack Obama.
Bizarrement, cette atmosphère déjantée est rafraîchissante et chaque personnage est présenté comme unique, échappant aux étiquettes et diagnostics réducteurs: le fils de Marion n'est pas "autiste" mais plus intelligent que les autres, le père de Marion se sent seul depuis la mort de sa femme; la fille de Mingus n'est pas "gothique" mais simplement créative; la soeur de Marion avait des tendances "nymphomanes" mais apparait davange comme une exhibitionniste; Marion n'est pas une "psycho bitch", elle est enceinte ... On en conclut que chacun a sa part de folie et qu'il faut apprendre à vivre avec et à en rire. Car les rires se font entendre tout au long du film au sein d'un public clairsemé mais conquis.
par Joséphine B.
00:00 Publié dans Actualité, Cinéma | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Tags : 2 days in new york, 2 days in paris, julie delpy, chris rock, albert delpy, woody allen |
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22.03.2012
Tim Burton, le faiseur de rêves
Depuis le 7 mars 2012, l'exposition Tim Burton à la Cinémathèque Française, qui nous vient du MoMA de New York, est ouverte aux visiteurs, et ce jusqu'au 5 août, nous donnant accès à 600 m2 de dessins, sculptures, courts-métrages costumes et accessoires réalisés bien sûr par Tim Burton. Voilà l'occasion de revenir sur l'oeuvre de ce fantastique réalisateur, et sur une de ses particularités, c'est-à-dire son aptitude à faire rêver, en transformant le bizarre et le monstrueux en merveilleux.
Pour échapper à son enfance puritaine, Tim Burton se réfugiait dans le cinéma, et affectionnait particulièrement les films de monstres: "J'ai toujours aimé les films de monstres. Ils ne m'ont jamais fait peur. Ils dégageaient tous quelque chose qui me plaisait terriblement", déclare-t-il. Il confie également: "La nuit d'Halloween a toujours été, pour moi, la nuit la plus réjouissante de l'année. Il n'y avait plus de règles à suivre et je pouvais devenir qui je voulais".
Car voilà la clé de l'univers magique du réalisateur: le monstre, le géant, la créature étrange, le rêveur marginal, sont autant de projections de l'artiste, du créateur lui-même. La créativité débordante et décalée de Tim Burton en fait un être à part, à l'image de l'Albatros de Baudelaire, métaphore du Poète: "Ses ailes de géant l'empêchent de marcher". "Le beau est toujours bizarre", déclare le poète: un parfum baudelairien flotte clairement chez notre cinéaste. On peut ainsi voir une métaphore de l'artiste chez ces quelques personnages issus de l'oeuvre de Tim Burton:
Edward aux mains d'argent. Sculpteur de rêve, il transforme la matière, comme les haies uniformément taillées des jardins d'un quartier résidentiel ou encore les blocs de glace, en oeuvres d'art. Les ciseaux géants qu'il a à la place des mains (ses ailes de géant) sont à la fois ce qui le rend unique et créatif, mais aussi ce qui l'exclut de la communauté des hommes, car il ne peut tenir la main de celle qu'il aime sans la blesser. Edward Scissorhands, brillamment interprété par Johnny Depp, est un rêveur mélancolique et incompris: c'est le poète maudit par excellence, pour qui l'exil devient inéluctable. Edward, dans le film, est une création du personnage de l'inventeur. On voit ici comment le réalisateur se projette sur différents personnages, se démultipliant pour engendrer un être lui-même créatif et artiste.
Jack Skellington, dans L'Etrange Noël de Monsieur Jack. Cet épouvantail squelettoïde partage la passion de Tim Burton pour la bizarrerie et la créativité de la fête d'Halloween. Marionnettiste, metteur en scène, chanteur, danseur, Jack est un artiste. Son voyage en quête de quelque chose de différent qui pourrait l'inspirer, et sa transformation de la fête conventionnelle de Noël en quelque chose d'étrange et d'exceptionnel, symbolisent la trajectoire d'un vrai artiste. Dans ce film, on retrouve à nouveau une influence baudelairienne, avec ce mélange de beauté et de mort, où se cache la vraie inspiration: ainsi la courte scène du flacon "teinté d'azur", d'où s'échappe "le souvenir enivrant qui voltige" sous forme de papillon, rappelle le poème "Le Flacon" issu des Fleurs du Mal. Ce film n'est-il pas "un gouffre obscurci de miasmes humains", "charmant et sépulcral"? C'est d'ailleurs un poème de Tim Burton qui fut à la base du scénario.
Edward Bloom, le conteur de Big Fish. Son imagination débordante le pousse sans cesse à raconter des histoires à dormir debout, ce qui a pour effet de l'éloigner de ses proches, car il vit dans un monde parallèle. Sur son lit de mort, il fait le récit abracadabrant de sa vie à son fils, le jeune Edward étant interprété par Ewan McGregor. Il parviendra à se réconcilier avec son fils, car peu importe si ce qu'il dit est exagéré ou imaginé: ce qui est vrai, c'est sa passion de conteur et l'amour qu'il porte à ses proches. La vieille thématique de l'art comme mensonge est ici reprise, et ce film fonctionne comme une défense de l'art comme enchantement de la vie. Sortent alors de l'imagination d'Edward toute une galerie de personnages étonnants inspiré du monde du cirque, comme le géant Karl ou les soeurs siamoises Ping et Jing, ainsi que des lieux merveilleux, comme la ville de Spectre, qui rappelle Brigadoon, la comédie musicale avec Gene Kelly sortie en 1954, dont s'inspirera directement Tim Burton pour un des épisodes de sa série Beetlejuice, intitulé "Brinkadoom".
Cette incarnation de l'artiste se retrouve chez d'autres personnages des films de Tim Burton, comme le jeune rêveur des Noces Funèbres (qui trouvera sa place dans le monde des morts, plus coloré que celui des vivants), le Chapelier fou d'Alice au Pays des Merveilles ou encore l'excentrique Willy Wonka dans Charlie et la Chocolaterie. Poète, dessinateur, cinéaste, Tim Burton est un artiste multiple qui utilise le cinéma comme hymne à la création et à l'imagination, et on ne peut que l'en remercier.
par Joséphine B.
17:04 Publié dans Actualité, Cinéma | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Tags : tim burton, moma, cinémathèque française, edward aux mains d'argent, johnny depp, jack skellington, l'étrange noel de mister jack, big fish, ewan mcgregor, gene kelly, brigadoon, beetlejuice, les noces funèbres, le chapelier fou, alice au pays des merveilles, willy wonka, charlie et la chocolaterie, baudelaire, les fleurs du mal, l'albatros |
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